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Des plus petits pays ne comptant chacun
pas moins de 25 ethnies parlant une trentaine de
dialectes... aux plus grands avec leurs quelques 250
ethnies et plus de 300 dialectes, se révèle l'extrème
diversité humaine de l'Afrique. D'incessantes migrations
ont cassé les groupes, favorisant les brassages
ethniques, surtout dûes aux fuites devant les
envahisseurs-éleveurs, les esclavagistes européens,
noirs et musulmans... aucune organisation sociale n'y
résista... Enfin, la période coloniale compliqua encore
la chose en découpant de façon aveugle les territoires
des ethnies.
Dans
cette diversité, il demeure une base commune à tous:
c'est la famille (que la transmission soit matri ou
patrilinéaire) ou le clan avec à sa tête le chef de
lignée regroupé en villages. On peut en rester là pour
les ethnies à l'individualisme poussé. Ou alors, ces
chefferies sont coiffées par un conseil de chefferies
couvrant plusieurs villages, lui-même pouvant être
soumis à une autorité supérieure centralisatrice,
royaume ou autre....
Par
ailleurs, même si la conversion des peuples africains
aux grandes religions monothéistes a été importante
durant les périodes coloniales, l'animisme n'en reste
pas moins un élément extrêmement puissant de la vie
religieuse que toutes les ethnies semblent pro ou prou
partager. Ce credo animiste est conçu comme un ensemble
ordonné où chaque élément minéral, végétal, animal
ou humain dispose d'une force vitale et fait partie d'un
même tout. C'est la récupération, la transmission de
cette force vitale qui est au coeur des croyances. Y sont
associés les divinités ou génies de la brousse (des
eaux, de la terre...), des génies protecteurs des
techniques (forge, poterie, tissage...) et des esprits
divinisés des ancêtres des lignages ou des premiers
occupants du sol, maîtres de la terre.
Ainsi,
presque partout se retrouvent les mêmes cultes
fondamentaux: les ancêtres, la fécondité, la
maternité, la virilité et l'initiation.
Ce
sont les masques et les fétiches, dont l'extrème
diversité découle à la fois des diversités ethniques
et cultuelles, qui sont les supports et intermédiaires
de ces croyances.
Authenticité
des oeuvres
LArt
(latin Ars, artis: habileté, métier,
connaissance technique) est une activité humaine ou son
produit consistant à arranger entre eux divers
éléments en s'adressant délibérément aux sens, aux
émotions et à l'intellect. Jusqu'à la Renaissance, il
n'y aura pas de différence précise entre l'artiste et
l'artisan: l'artiste est un artisan dont la production
est d'une qualité exceptionnelle. Plus tard, lors des
querelles sur la classification des arts, Claude Roy
résumera ainsi leur pluralisme: "La notion
dart, quil sagisse de lart
nègre, de lart crétois ou de lart
impressionniste, reste à la fois imprécise, ineffable
et irritante. Lart, cest ce qui maintient
vivante lidole morte en tant quidole.
Lart, cest ce qui dans un objet continue à
servir quand il ne sert plus à rien".
Au
début du XX°, l'Europe découvre les oeuvres africaines
comme de véritables objets dart, notamment sous
linfluence des peintres cubistes, ce qui a
notablement influencé l'art moderne occidental. Picasso
fut le premier peintre pour qui lart nègre avait
un sens en affirmant que les masques disent que les
choses ne sont pas comme on croit, elles sont
étrangères,
.
Comprendre
cet art oblige à comprendre l'environnement culturel et
la conception de l'univers tel que perçus par les
peuples d'Afrique : règles morales, concepts sur la
création, sur les êtres vivants humains, animaux et
végétaux... passage obligatoire pour approcher le sens
symbolique et la fonction sociale de l'oeuvre.
| D'ailleurs, bien que le
mot Art soit toujours aujourd'hui
utilisé, les artistes africains ne considèrent
pas leur production comme de l'art à proprement
parler. Ce n'est pas de l'art pour l'art car le
sculpteur africain n'exprime pas son point de
vue, mais traduit sous forme matérielle les
conceptions religieuses, sociales et esthétiques
de la communauté à laquelle il appartient.
L'objet est ainsi créé dans un but
essentiellement pratique: le masque dansera, le
tambour résonnera, le fétiche sera
honoré....Bref, il servira à la communauté. Et
c'est cela qui le rendra authentique quelque soit
la date de sa création. Ainsi, une oeuvre faite
spécialement et offerte à Stanley à la fin du
XIX° sera ancienne, mais pas authentique.
Cette authenticité est décrite
par Alphonse Tiérou, dans
Paroles de Masques Dans
l'univers des masques, la danse est avant tout
une prière à Dieu ....
Les visages de masques aujourd'hui qualifiés
d'historiques par les musées, fondations,
collectionneurs et spécialistes de l'art
africain, en raison du fait qu'au début du XX°,
ils ont retenu l'attention d'artistes français
célèbres, ont tous été, sans exception,
animés par la danse.
Car les masques et fétiches ne
sont que l'une des composantes des rites qui ne
prendront leur sens profond qu'animés par des
danseurs en costume de raphia ou autres, avec les
chants et les danses rythmés par les tam-tam,
...accompagnés des libations cultuelles. Ils
prendront alors tout leur sens.
De tels objets sont encore
utilisés dans les rites, mais il est très
difficile de les trouver et encore plus de les
acquérir. Un animiste ne s'en séparera qu'en
cas de conversion ou de désacralisation (id-est
ayant subi une dégradation, volontaire ou non,
empéchant leur utilisation rituelle).
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| Esprit
des masques et fétiches En
Afrique, il faut comprendre le portrait comme une
évocation du personnage représenté et accepter
que ce portrait ne soit pas fondé sur la copie
ou l'imitation, mais plutôt sur la
transfiguration. De plus, il n'a pas besoin
d'être beau, peut même être laid, mais doit
toujours être capable de susciter des émotions.
"Je refuse complètement
la problématique dans laquelle on veut cantonner
les manifestations de notre culture. J'ai
l'impression de voir des objets mutilés. Les
masques, par exemple, sont présentés comme des
sculptures. Or, ce sont des institutions relevant
du sacré et les ambassadeurs de notre mémoire.
Ils nous racontent une histoire, notre histoire.
Leur esthétique n'est pas négligeable, mais
somme toute secondaire. Leur charge éducative
nous importe plus. Notre devoir, à nous,
conservateurs africains, c'est de briser le
regard européen qui, après avoir longtemps nié
notre culture, est en train de se
l'approprier" Savané
Yaya. Cette approche est pour partie celle
qui sera mise en oeuvre au Musée des Arts
Premiers: remettre l'objet dans son contexte
originel (ethnique, culturel, ...) pour lui
redonner au mieux son âme.
En fait, selon André
Malraux, "
l'intensité magique d'un objet africain joue le
rôle que tient la beauté dans l'esthétique
classique. Ainsi, ce n'est pas tant sa beauté
qui importe, mais plutôt la puissance qui émane
de lui et, pourquoi pas, la force surnaturelle
capable de réveiller le sens du mystère chez
celui qui le regarde ou le touche" .
Car enfin, le masque ou le
fétiche ne sont rien d'autre qu'un support de
communication pour des cérémonies plus ou moins
violentes entre le genre humain et le monde de
l'au-delà.
Ancienneté
des oeuvres
Le climat équatorial ou
tropical ne facilite pas la conservation d'objets
en bois ou en fibres. De plus, les bois utilisés
sont verts ou insuffisament secs. S'y rajoutent
les inévitables attaques de xylophages. Enfin,
les différences d'hygrométrie entre l'Afrique
et l'Europe génèrent de nombreuses fentes de
dessiccation. Tout ceci rend ces oeuvres très
éphémères.
De toutes façons, pour les
africains, dit Samuel Sidibe "Un
masque a sa vie et quand cette vie est terminée,
il n'a plus d'importance en tant qu'objet; vous
le jetez et vous en fabriquez un autre".
Il
semble donc que cette notion d'ancienneté n'ait
de valeur que pour les occidentaux. Un consensus
général admet qu'une oeuvre entre 20 et 30 ans
commence à devenir ancienne, entre 30 et 40 ans,
elle est ancienne, entre 40 et 60 ans, très
ancienne et au-delà, une rare antiquité ...
qu'on ne trouve qu'au compte-goutte dans la
plupart des musées.
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